NETTOYAGE DE L'INSTALLATION DE TRAITE

Objectif : Qualité du lait
Le lait contenu dans une mamelle saine est stérile. Il va se contaminer au contact des surfaces où il est véhiculé et stocké (canalisation, tank à lait…). Afin d'obtenir le meilleur prix de son lait, le producteur doit maîtriser cette contamination, en pratiquant régulièrement les opérations de nettoyage, désinfection de l'installation de traite.
Alain COLIN - Direction Technique NEOLAIT



 
I. La qualité bactériologique du lait.
 
En France, depuis la loi Godefroy (1969) le lait est payé selon plusieurs critères dont la qualité bactériologique établie selon le nombre de micro-organismes présents dans 1ml de lait, ou germes totaux. Les germes totaux : ce sont l'ensemble des germes qui se multiplient spontanément dans un lait non refroidi (on en compte plus de 200 espèces).
On distinguera 2 catégories principales :
Des flores d'intérêts technologiques (transformation)
· Bactéries lactiques

Des flores indésirables, indicatrices de contamination :
· Bactéries thermo-résistantes, ex. spores butyriques.
· Bactéries psychotrophes, ex : pseudomonas
· Coliformes, ex : escherichia coli
· Flores pathogènes, staphylocoques, salmonelles, listeria monocytogènes.

Actuellement la législation fixe à 50 000 germes totaux/ml de lait le seuil de référence de qualité du lait. Au-delà de ce seuil des pénalités sont appliquées sur le prix du lait. A partir de 100 000 germes, sur plusieurs contrôles, l'arrêt de collecte peut être envisagé jusqu'à un retour à une situation normale.

Certaines régions (AOC - Produits au lait cru) mettent en œuvre des recherches sur des germes spécifiques (e-coli, staphylocoque doré, listeria …) pour lesquels l'indicateur germes totaux n'est pas suffisant.

 
II. Les origines de la contamination
  De la vache jusqu'au stockage final du lait à la ferme, les risques de contamination sont nombreux et plus ou moins importants.

Origine de la contamination
Niveau de pollution
Recommandation
Germes de mammites présents dans le lait * Faible * Traire à part les vaches atteintes.
* Traitements adaptés.
Environnement ( Stabulations..) *Pollution directe faible.
* Pollution indirecte plus importante du fait du portage pa les VL (ex.les spores butyriques)
* Veiller au bon entretien de l'environnement des animaux.
* Propreté des animaux (notation suivant grille INRA < 1,5).
Trayons sales ou mal lavés *Pollution très importante.

*  Adopter une technique de préparation des trayons efficaces.

Mauvais nettoyage de la machine à traire et du tank. * Le risque de pollution le
    plus important.
*Réaliser un nettoyage - désinfection de la machine à traire après chaque traite et du tank à lait après chaque collecte.
Défaut de fonctionnement du tank. *Risque de multiplication des ermes. * Vérifier le bon fonctionnement du système de refroidissement.
Eau de nettoyage polluée. *Pollution importante. * Utiliser une eau potable pour les opérations de traite (lavage de la mamelle et du matériel de traite).

 
III. Le nettoyage et la désinfection des installations de traite
  Si le seuil de pénalisation, concernant les germes totaux, est fixé à 50 000 germes, on peut considérer que les résultats supérieurs à 20 000 germes témoignent d'un nettoyage - désinfection insatisfaisant.
Le nettoyage : Il a pour objectif d'éliminer toutes traces de salissure sur toutes les parties du matériel de traite en contact avec le lait, sans démontage ni nettoyage manuel.
Les salissures :
Organiques ---> Graisses, protéines, sucres (origine -> lait)
Minérales ---> Sels de calcium insoluble
Sels de magnésium (pierre de lait).
Bactériologiques ---> Micro-organismes provenant de l'environnement (cf.tableau précédent).

Le matériel de traite :

. Les faisceaux trayeurs.
. Le lactoduc de traite.
. La chambre de réception.
. Le lactoduc d'évacuation.
. Les équipements auxiliaires (dépose automatique, compteurs à lait …).

Les facteurs du nettoyage :
Une opération de nettoyage réussie repose sur plusieurs facteurs complémentaires

L'ACTION MECANIQUE
Elle est liée au frottement de l'eau sur les parois. La solution de nettoyage doit circuler par bouchons (alternance d'eau et d'air dans les circuits). La turbulence sera provoquée par l'aspiration d'air pendant quelques secondes au niveau du bac de lavage, avant le retour et l'aspiration de la solution de lavage.
Pour améliorer l'efficacité du nettoyage, on recommande actuellement quelques améliorations sur les installations existantes :
* Le bouclage du lactoduc et l'installation de 2 vannes au niveau de la chambre de réception, permettront d'inverser le sens de circulation de la solution à chaque lavage.
* Des injecteurs d'air pour les lactoducs de grand diamètre.
* La pente du lactoduc < 2%.

La TEMPERATURE
Une bonne température favorise les émulsions, le décollage des matières grasses et accélère les réactions chimiques. La capacité du chauffe-eau doit permettre d'atteindre les températures suivantes :
---> sortie chauffe-eau ---> 65-70 °C
---> en circulation ---> 45-50 °C
---> en fin de lavage > 35 °C

La DUREE
Le temps de contact doit être suffisant pour assurer le nettoyage complet. En général elle est comprise entre 5 et 10 minutes suivant les automates de lavage.

La CONCENTRATION
La quantité de produit à utiliser est généralement exprimée par le fournisseur [CLAREX ê 0,5 à 1%] mais elle dépend également de la quantité d'eau nécessaire pour le nettoyage. Cette quantité varie en fonction des caractéristiques de la machine : diamètre du lactoduc, nombre de postes …

Exemples

Type d'installation
Diamètre du lactoduc
en mm
Quantité d'eau
Monoquai
1 x 6
1 x 8

50
60

35-45 l.
40-60 l.
Deux quais
2 x 4
2 x 6
2 x 8

50
50
60

40-60 l.
60-80 l.
70-90 l.
Source CROCIT Bretagne Exemple : pour une installation 2 x 6 postes Ý avec 60 litres d'eau
et 0,5 % de CLAREX, il faudra 300 ml de produit.
  On peut retenir qu'il faut 5 litres d'eau par poste de traite. Un calcul plus précis est possible à partir de l'estimation de la surface à nettoyer (fiche disponible sur demande auprès de la DT). Dans ce cas, le besoin en eau est de 7,5 l/m². Cette méthode permet d'adapter la quantité d'eau, en particulier pour des installations avec des lactoducs de diamètre élevé ou dans le cas du lactoducs de grande longueur.

Cas du tank à lait :
On retiendra qu'il faut un volume d'eau équivalent à 1,5% de la capacité du tank à lait avec une valeur minimale de 30 litres.
Exemple : 1 tank de 3 000 litres
> 45 litres d'eau
> 225 ml de produit de nettoyage.

Un point important : La qualité de l'eau : Deux points sont à surveiller

La qualité bactériologique :
Il est impératif que l'eau utilisée pour les opérations de nettoyage désinfection de l'installation de traite soit potable pour éviter toute recontamination par des micro-organismes.
ñ Dans le cas d'utilisation d'eau d'un captage privé, une analyse bactériologique annuelle s'impose.

La dureté de l'eau :
Dans certaines zones géographiques l'eau contient naturellement plus de sels dissous (calcium magnésium). La dureté de l'eau ou TH° (titre hydrotimétrique) s'exprime en milligrammes d'équivalent de carbonate de calcium par litre.
10 F (degré français) = 4 mg/l. Ca
Degrés français Dureté de l'eau
0 - 6 Très douce
6 - 15 Douce
15 - 30 Moyennement dure
30 et plus Dure

Les séquestrants contenus dans les produits de nettoyage doivent permettre de solubiliser les sels minéraux présents dans les eaux dures. Cependant, dans certains cas, il peut s'avérer prudent d'augmenter la concentration en produit de nettoyage pour assurer un bon résultat.

Méthode de nettoyage :
De plus en plus les opérations de nettoyage de l'installation de traite sont gérées par un automate qui contrôle l'ensemble des dispositifs et des étapes du cycle de nettoyage :

Le dispositif :

  • Pompe à vide - pulsation
  • Pompe à lait
  • Vanne eau froide
  • Vanne eau chaude
  • Dosage produit
  • Vanne 3 voies de vidange
  • Quantité d'eau
  • Durée des étapes
  • Injection d'air.

Les différentes phases du cycle de nettoyage :

  • Pré-lavage ou rinçage : cette première phase permet d'éliminer des souillures solubles (lactose, certaines protéines) et des bactéries non adhérentes aux parois. Une mise en route du cycle de lavage dès la traite finie et un pré-lavage à l'eau tiède faciliteront le maintien en température du circuit et une meilleure élimination des souillures.
    Durée : temps nécessaire pour évacuer la totalité de l'eau.

  • Lavage : Cette phase doit permettre d'assurer l'élimination
    complète des souillures restant après le rinçage sur la totalité des surfaces en contact avec le lait.
    >Cette partie du cycle doit satisfaire aux exigences décrites ci-dessus(température, quantité d'eau, concentration en produit).
    Durée : en général de 5 à 10 minutes.

Les méthodes de lavage :
Aujourd'hui la méthode la plus répandue est l'utilisation alternée d'un Alcalin chloré et d'un Acide. La fréquence d'utilisation de l'acide est à adapter avec la dureté de l'eau.
- Eau douce ---> acide 1 à 2 fois/semaine
- Eau dure ---> alternance quasi quotidienne.
Suivant le produit utilisé, les actions seront différentes :

Type de Souillure
Produits actifs
Mode d'action
Organique ( Protéines - graisses) Détergents alcalins
>Soude
>Potasse
Décollement des souillures, dispersion, émulsion
Minérales ( sel de CA) Détergents Acides
> Acide phosphorique
Action sur les minéraux, formation de sels solubles.
Bactériologique(Gram+ - Gram-) Désinfectants
>Chlore
Destruction des germes présents.

La désinfection :
La désinfection fait partie intégrante du nettoyage et a lieu pendant la phase de lavage. C'est le chlore. contenu dans les produits alcalins-chlorés qui permet cette action de désinfection. C'est d'ailleurs la dose homologuée pour l'activité bactéricide des produits (souvent 0,5%) qui doit servir de recommandation d'incorporation minimale.

Rinçage final :
A l'eau froide (et potable !) il permet d'élimi-
ner toute trace des produits de nettoyage et de désinfection.

Quelques mesures complémentaires :
Une machine à traire en bon état c'est ainsi :
- Un contrôle tous les ans selon le protocole optitraite.
- Un remplacement régulier des caoutchouteries en contact avec le lait.
- Un nettoyage régulier des surfaces extérieures de la machine et notamment des coupelles de lavage des faisceaux trayeurs (jetters).
- Un nettoyage soigné des accessoires (pot à lait).